__ Je sors de la librairie de manga dans les grandes rues de Paris. Je ne prends même pas la peine de le ranger, et le lis en marchant. Cela fait tellement longtemps que j'attendais ce volume, je ne vais pas me priver. Je marche dans la direction opposé des autres parisiens. J'ai l'impression d'aller dans l'autre sens, dans le mauvais sens. Comme si j'étais un taré, ou un rebelle de la société qui ne voulait pas suivre les autres. Ce qui est un peu vrai, je n'aime pas être un mouton.
"Dis qu'est-ce que tu fais?"
Cette voix féminine me tire de mon manga, je m'arrête et la regarde avec interrogation.
"Tu sais que tu es en pleine manif' ?"
Je regarde alors autour de moi, et vois des lycéens de mon âge, avec des cartons dans les mains et chantant les chansons de manifestation.
"Ohhh...
- Tu devais être vraiment dans ton livre pour ne pas avoir remarquer. Dit la jeune fille avec un sourire moqueur.
- Je suis désolé.
- C'est pas grave. Viens marcher avec nous."
Derrière, des garçons et filles du même âge que moi me sourissent timidement. Je ferme mon manga, et prends la pancarte que me tend la jeune fille.
"Je pensais que vous faisiez une pause pendant les vacances.
- Jamais! Répondit-elle, toujours avec un grand sourire. Je m'appelle Danielle.
- Sam.
- Diminutif?
- De Samuel oui."
Nous marchons côte à côte jusqu'à 17h. Mes pieds me font mal, je n'ai pas l'habitude de marcher autant. Je fais passer ma pancarte, et sors mon appareil.
"Il est extra!" Commente Danielle.
Je souris et la prends, ainsi que les pancartes, et Paris les rues remplie de jeunes qui protestent. Les gens sont toujours sur les statues de carrefour, ou sur cage d'arrêt de bus, ou les cabines téléphoniques. Je donne mon numéro de téléphone à Danielle avant de me retirer dans la gare la plus proche.
__ Je rejoins Émilie devant le petit bar dont elle m'a parler il y a quelques jours, et nous entrons. Le soir de scène ouverte était finalement tombé à aujourd'hui. La salle n'est pas trop remplie, en ce début de soirée.
"Hey Émilie! Ça me fait plaisir de ton voir!
- Salut Éric."
Émilie se retrouve alors dans les bras d'un homme dans la quarantaine, grand et maigrichon, aux cheveux courts décoiffé et un anneau à l'oreille. Ils restent longtemps enlacés, comme de vieux amis, qui ne sont pas vu depuis des siècle.
"Sam je te présente Eric, un ami de mon père.
- Alors c'est toi Sam? Me demande l'homme en me regardant avec un intérêt suspect.
- Euh... oui c'est moi." Je répond en tendant la main.
L'homme lâche mon amie pour me serrer la main, et il répond:
"Mimi m'a beaucoup parlé de toi?
- Ah ouais? Dis-je avec peur en jetant un regard inquiet à Mimi.
- Qu'en bien rassure toi! Elle m'a dit que tu jouais de la guitare!
- Rien d'extraordinaire, tout le monde en joue.
- J'ai hâte de vous voir sur scène." Dit-il avant de nous quitter.
Il embrasse d'abord Mimi sur la joue et me donne une tape sur l'épaule. Je lance un regard de reproche à mon amie, qui ne se contente que de hausser les épaules en rigolant. Je la suis jusqu'au bar, et commande à boire.
"On peut jouer maintenant! Je lance.
- Il n'y a personne.
- Justement."
Elle souffle, et me fait un bisou sur la joue.
"On a pas nos instruments!
- Je les ai déjà emmenés! Cherche pas! Et tu m'as promis.
- Ouais..."
Quel débile.
__ La salle est remplie maintenant, Émilie est en train de danser sur la piste, et moi je suis resté là, à rien faire, à boire mon jus d'orange et faisant des aller retour aux toilettes. Si j'avais pris de l'alcool, je serais déjà soul depuis longtemps. Émilie surgit de la foule et vient me rejoindre. Elle prend ma main et sans un mot m'emmène dans les coulisses. Elle prend son ukulélé et me tend ma guitare. J'ai soudain un sale goût dans la gorge, et un n½ud à l'estomac. Je n'arrive plus à bouger.
"Si tu as le trac c'est que tu as du talent.
- Je m'en fiche complètement d'avoir du talent ou non dans la musique Mimi.
- C'est vrai. Aller viens."
Je la vois monter sur scène et je la suis. Nous nous asseyons chacun sur un tabouret, en face de deux micros. Les applaudissements retentissent, ce qui ne me rassure pas. Ça montre qu'il y a du monde. Je me force à ne plus trembler, et joue. Elle me rejoint.
__ Mon c½ur bat la chamade, les gens applaudissent, sifflent, crient. Bref, ça c'est bien passé. Mimi à un grand sourire, elle se retourne vers moi, me prend la main, et nous saluons, avant de repartir. Elle sautille, elle bouge, elle est contente.
"C'était génial! Vraiment bravo Sam!"
Elle me sert dans ses bras, et j'ai un peu de mal à respirer. Je lève les yeux et croise un regard. Un regard particulier que j'avais déjà croisé, des yeux que j'avais déjà vu. Je cesse définitivement de respirer, le souffle coupé par la personne qui est derrière Mimi. C'est lui, le garçon au bonnet bleu, celui que j'ai vu l'autre soir. Ses yeux sont chocolat, je fonds dedans. Je ne peux détacher ce regard, je ne peux pas respirer, et mon amie n'en est pas la cause, c'est lui. C'est lui que me fait cet effet là. Il ne bouge pas, et me regarde, un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Mon c½ur fait un bon dans ma poitrine, tellement fort que j'en ai mal aux côtes. C'est à moi qu'il sourit.
"Pourquoi tu bouges plus?" Demande la voix lointaine d'Émilie en finissant son étreinte. Je ne lui réponds pas, je continue de le regarder.
"Ohhh" Souffle Mimi, avec pleins de pensées derrière la tête. Je baisse les yeux vers elle et fronce les sourcils. Elle se contente de détourner le regard, une fausse expression d'innocence sur ses traits.
"Fabi ?"
Le gars au bonnet bleu - qui à maintenant une casquette sur la tête - se retourne, et les deux autres garçons que j'avais vu l'autre soir font apparition. Fabi donc. Un grand brun lui adresse la parole, dans une langue que je ne comprends pas.
"Oh des allemands!" S'exclame Émilie avec un grand sourire. "Hallo!" Continue-t-elle en s'avançant et tendant la main. Un garçon blond aux cheveux bouclés est le premier à réagir, il lui fait un grand sourire et lui sert la main. Elle sert la main ensuite aux deux autres. Le dénommé Fabi me jette parfois des coups d'½il, où c'est peut être moi qui me fait des illusions. Je reste en arrière, et attends Mimi, mais ne pouvant m'empêchant de regarder "Fabi".
__
Éric arrive alors lui aussi dans le couloir derrière la scène, et sert une fois encore Mimi dans ses bras.
"Je vois que tu n'as pas changé! Toujours en train de faire connaissance avec tout le monde!"
Elle se contente de rigoler et de donner un coup de coude dans les côtes de son vieil ami.
"Viens là Sam, que je vous présente."
Tous les regards sont alors sur moi, dont celui de Fabi. Mon c½ur s'affole un peu, puis je m'avance timidement vers le petit groupe.
"Sam, Mimi, je vous présente Mäx, Jo et Fabi. Ils sont allemands et font du rock. Et pas du rock commercial, le vrai comme j'aime.
- Je savais pas que tu aimais le rock allemand Éric.
- Mes parents étaient allemands.
- Ah oui c'est vrai."
Je leur souris timidement, et quand je croise le regard de Fabi, ni lui ni moi ne cessons de tenir notre regard dans celui de l'autre. Mon c½ur bat tellement vite.
...